Selon Frédéric Beigbeder  «Tout s’achète: l’amour, l’art, la planète Terre, vous, moi.» Peut-être encore plus aigrie que lui, je renchérirai par « Tout est périssable: l’amour, l’actu, la planète Terre, vous et bien évidemment moi, mais moins vite (j’ai un antirides ultra cher)». Non, mon postulat ne repose pas sur une récente peine de cœur, (faudrait-il encore que je possède tel organe), mais sur le constat affligeant que, dans nos sociétés, la mémoire ne dure que l’instant de l’émoi… et nous sommes bien loin des 3 ans avancés par l’auteur précité. Certes, cette amnésie collective, cette faculté à se lasser de tout, cette boulimie de nouveauté a son avantage: la tecktonik n’aura duré que 6 mois et Lana Del Rey finira par disparaître de nos feeds Facebook plus vite qu’elle n’y est apparue.  Entre nous, qui a eu une pensée pour les jumelles du drame suisse de Saint-Sulpice à Noël? Qui peut me sortir, du tac au tac, le nom (Anders Behring Breivik) de l’auteur des attaques de Norvège de juillet dernier ? Je ne vous jette pas la pierre, je ne fais guère mieux. D’ailleurs, lors de mon dernier tour au japonais du coin, je n’ai pas pensé une seule seconde aux événements du 11 mars. Heureusement pour l’humanité, certains ont d’autres préoccupations que la météo et vouent leur travail à raviver nos souvenirs. Ainsi, la photographe Annabelle Lourenço et le réalisateur-animateur Cyprien Nozières nous livrent «La Fissure», hybride né du reportage photo, de l’animation et du documentaire.  Réalisé avec un budget minime, il nous rappelle que, plus important que d’apprendre de nos erreurs, il faut se souvenir de l’enseignement.

Alors que les médias occidentaux ont tristement délaissé le sujet pour une actualité plus croustillante, «La Fissure» nous ouvre les yeux sur la situation encore lourde d’une nation meurtrie, 9 mois après un séisme de magnitude 9.0 qui changera à jamais le visage du «Pays du Soleil Levant». Au travers d’animations explicatives et de clichés poignants, où se mêlent paysages de désolation et scènes d’un quotidien d’une banalité désarmante, Annabelle et Cyprien nous font voyager de Miyagi à Tokyo en passant par Fukushima. Ne voulant se cantonner aux conséquences de cette dernière, les deux jeunes auteurs servent une vision globale d’un peuple qui tente de se reconstruire après la plus grosse catastrophe de son histoire. Sur la bande son, les intervenants nous invitent à découvrir ce que sont devenues leurs vies depuis le drame.  Le spectre de la radioactivité, le silence des autorités, les incertitudes liées aux denrées alimentaires, mais aussi la solidarité de la population et l’espoir fébrile, mais bien présent, de recouvrer une vie normale. La visite demande un peu de temps, mais peut-être que comme ça, il y a des chances de s’en souvenir un peu plus longtemps.       –  Leïla Rölli 

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