Dans mes deux derniers articles je vous parlais de l’angoisse naissante face à un futur saturé en individus et défaillant en toute autre ressource. L’énergie viendra à manquer et seuls les nantis auront droit à la lumière 24h/24 – à moins que nous ne finissions par retomber dans le plus sombre des communismes. Le lundi soir, dans Top Chef, on verrait comment apprêter des nourrissons parce que ça sera le seul produit carné dont on ne manquera pas et que manger « local », c’est super écolo. Comme observé sur les bovidés nourris aux farines d’autres bovidés, de multiples dégénérescences rendront nos cerveaux spongieux et on aurait enfin droit à cette fameuse zombie apocalypse que nous attendons tous depuis le « White Zombie » d’Edward et Victor Halperin sorti en 1932. Bien qu’il y ait fort à parier que les rognons de bébé sauce madère et les ribs de retraités figureront, un jour ou l’autre, dans une réadaptation de l’œuvre de Curnonsky, certains ont déjà ruminé la problématique et trouvé des alternatives moins excitantes mais bien plus intelligentes. Depuis quelques années, on voit fleurir de plus en plus de fermes urbaines. Il suffit d’ailleurs de taper ces deux entrées sur Google pour se rendre compte de l’ampleur du phénomène. Sur le toit des grattes-ciel, dans les frimas du Wisconsin, à l’arrière d’un pick-up, ou tapissant le fond d’une ancienne piscine qui n’aura pas été investie par les sk8ers du coin, l’agriculture citadine se répand comme la fétuque en avril.

Lorsqu’on veut faire du jardinage, la première chose qui vient à l’esprit est l’approvisionnement en eau, d’autant plus quand on décide de métamorphoser le toit de son immeuble en jardin potager. Et de l’eau, il en faut : 40 lt pour une salade, 185 lt pour 1 kg de tomates. On n’y pense pas assez, mais lorsqu’on arrose ses géraniums,  80% de l’eau versée finit sur le balcon du dessous, le reste humecte la terreau et seule une infime partie sert à hydrater les radicelles de ladite herbacée. Qu’on soit clair, je ne vous fais pas l’affront de glorifier le quidam qui fait pousser son basilic sur le rebord de sa fenêtre, quoiqu’il faille bien commencer par quelque part, mais bien de réels fermiers des villes, de  laboureurs de béton, d’agriculteurs du macadam et surtout, de visionnaires un peu fous qui pourraient bien avoir trouvé LA solution pour notre futur. Growing Power, Inc, Vertical Farm et tant d’autres ont développé des concepts verts visant à maximiser l’espace urbain inutilisé, minimiser le transport de denrées et réduire considérablement l’apport en eau nécessaire pour les cultures. A l’instar de Growing Power, Inc, Urban Farmers, jeune société basée à Zurich (Suisse), a tablé sur un mariage assez singulier : l’agriculture et… la pisciculture. Dans un circuit presque fermé, donc très peu demandeur en eau nouvelle, plantes et poissons vivent heureux. En résumé, les végétaux puisent l’eau nécessaire à leur développement dans les bassins de pisciculture et filtrent le précieux liquide en se nourrissant des déjections des bêtes à écailles. L’eau ainsi purifiée est retournée aux poissons, qu’on ne négligera pas de nourrir de temps à autres. D’après Roman Gaus, porte-parole de Urban Farmers, le système, très efficient utiliserait 90% d’eau en moins que l’agriculture traditionnelle et permettrait de faire pousser n’importe quelle plante.

Urban Farmers propose un système « blé en main » composé d’un container aquarium surplombé d’une serre. Entreposable sur toutes sortes de surfaces planes, terrains vagues, toits ou places publiques, le container séduit. De plus, étudiée au cas par cas, l’installation est ajustable aux dimensions disponibles. À titre d’exemple, un projet pilote devrait voir le jour cette année à Bâle (Suisse). La production annuelle de cette ferme représenterait 5 tonnes de végétaux et 800kg de poissons par an, soit, de quoi nourrir 100 personnes sur la même période. A part si tu détestes le poisson, la combine paraît plutôt crédible. Toujours d’après Roman Gaus, en exploitant seulement 5% de la surface disponible en ville de Bâle,  on aurait de quoi subvenir aux besoins alimentaires de 40’000 personnes… après un petit calcul savant, en en utilisant 25% on nourrit la ville entière…et les 75% restant pourront toujours accueillir des panneaux solaires. Clever, isn’t it? Dommage pour les fans de Walking Deads, il semble qu’il y ait encore un peu d’espoir pour cette planète.                           –  Leïla Rölli