L’interview: le champagne Ruinart au pays des merveilles avec l’artiste Hubert le Gall

HLGG

L’artiste et designer français Hubert le Gall a imaginé une oeuvre en douze pièces pour sa collaboration avec le Champagne Ruinart, dont il signe également le nouveau coffret en édition limitée «Blanc de Blancs».

L’histoire commence quand la plus ancienne maison de Champagne, Ruinart, très active dans le domaine de l’Art contemporain, choisit d’approcher Hubert le Gall, séduite par son travail haut en couleur et sa délicatesse. La maison, fondé en 1729, invite une fois par an un artiste à créer une œuvre en rapport avec son champagne et à dessiner en parallèle un étui qui s’en inspire pour ses bouteilles. L’an passé, nous avions eu le plaisir de découvrir le travail de l’artiste écossaise Georgia Russell (à relire ici). Pour cette nouvelle édition, nous avons la chance d’aller à la rencontre d’Hubert le Gall, dans son propre atelier.

En plein Paris, dans le quartier de Montmartre, la porte d’un bâtiment s’ouvre et dévoile un lieu peu ordinaire. Un décor de conte de fées, qui s’avère être une cour intérieure donnant accès à un micro-village d’artistes. Chacun sa sonnette et boîte aux lettres personnalisées. Nous prenons à gauche de la «Rue Charles-Henri Pourquet» – oui il y a même des noms de rues – et arrivons devant l’atelier d’Hubert le Gall. L’enchantement s’intensifie lorsque l’on entre dans ce duplex fantaisiste, orné de toutes parts des œuvres de l’artiste que nous allons rencontrer. Une caverne d’Ali-baba à la Alice au pays des merveilles.

Le designer rend hommage à la plus ancienne maison de champagne de deux façons claires. En premier en restant dans cette délicatesse recherchée, jouant avec la transparence et le rendu du verre soufflé qui rappelle la bouteille et laisse la lumière se dévoiler. Puis au vignoble, en créant une œuvre pour chaque saison. Une pièce représente une étape de la création du cépage de la Maison, appartenant au prestigieux groupe LVMH. Ces créations se veulent raconter une histoire, toujours avec poésie. Cette fois c’est le récit du champagne que l’artiste nous conte à travers ses pièces originales. Pour Ruinart, créer un champagne est un art de savoir-faire que le chef de cave, à la manière de l’artiste, a acquis pour créer un nectar à la hauteur des attentes de la Maison, toujours composé de chardonnay, le cépage emblématique de la marque.  ”La création du champagne suit un processus semblable à celle d’une œuvre d’Art : la matière, la couleur, le rendu, l’esthétique, la séduction. À la manière d’un artiste, le chef de cave s’adresse à nos sens et à nos émotions”.

Confortablement installé dans un fauteuil en demi pot de fleur, Hubert le Gall commence à parler de son travail. Et déjà, les yeux commencent à briller, emplis d’engouement à la façon de ceux d’un enfant qu’on emmène à Disneyland.

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Photos: exposition des douze oeuvres d’HLG au Palais de Tokyo, Paris

JSBG: Vous avez commencé par faire des études de Gestion. Qu’est-ce qui vous a mené par la suite à vous diriger dans l’artistique?

HLG: Mes études étaient une parenthèse dans ma vie. Ce que je fais aujourd’hui, c’est ce que j’ai toujours voulu faire. Avant l’adolescence, j’étais très doué en arts visuels, j’y passais mes nuits. Quand on est jeune, on vit beaucoup plus sur soi-même, son imaginaire. Dans l’adolescence, on sort, on s’identifie au groupe social auquel on appartient et donc au fond à ce moment là, j’ai un peu abandonné tous mes rêves, mes envies, mes bricolages, pour sortir, faire comme tout le monde. Poussé par mes parents, j’ai suivi une voie classique, parce que si je leur avait dit que je voulais faire les Beaux-Arts, ils m’auraient pris pour un fou. Je suis donc parti à Paris pour y commencer des études de finances. Mon premier boulot a été dans une compagnie d’assurance, ce qui m’a sauvé. Pour eux, j’étais entre guillemets, « l’artiste » de la compagnie. Je faisais des films de formations pour les commerciaux. Mes amis et famille étant à Lyon, je me suis plus souvent retrouvé seul avec moi-même. Du coup je me suis remis à faire ce que je faisais étant plus jeune et tout est remonté à la surface. Je me suis dit que j’avais 25 ans et qu’au fond j’étais entrain de partir dans une voie qui n’était pas la mienne. Je me suis rendu compte que j’avais plus de talent à réaliser des choses créatives qu’à être simplement cadre dans une compagnie d’assurance. Cette période « garçon bien sage » était quelque chose à part du petit garçon rêveur et plein d’imagination que j’étais avant. Je suis donc redevenu ce que j’étais.

Vous avez appris seul, en autodidacte. Cela vous a-t-il desservi, d’une certaine manière?

C’est à la fois une force et peut-être un manque. Un manque car peut importe qu’on travaille le bronze, le tissu ou le verre, ce qui est fascinant c’est de maîtriser un métier manuel quand on est créatif . En même temps cela nous permet de nous exprimer et en même temps cela ne nous empêche pas de travailler une matière différente. On a la disponibilité manuelle et intellectuelle de s’adapter. Être autodidacte est une force d’autre part car l’école ne m’a pas « déformé ». L’école forme mais déforme également. À la fois elle vous apprend des choses et à la fois elle vous mène dans un chemin et limite les idées. De ce fait là, en étant beaucoup plus libre, j’ai pu finalement faire ce que je sentais. En travaillant des matériaux qui n’étaient pas forcément faits à la base pour créer du mobilier par exemple. J’ai été beaucoup plus perméable à croiser les domaines car je n’étais pas dans un schéma où on m’avait appris que les choses se faisaient comme ci ou comme ça.

Vous êtes aussi scénographe. Vous continuez à travailler sur des expositions aujourd’hui ?

C’est quelque chose que je n’avais pas prévu. C’est arrivé comme ça. Ma vie est bourrée de rencontres et de chances. C’était à un moment où je me suis rendu compte que mes clients me disaient « ah bah tiens tu peux me faire un lit, et puisque tu fais mon lit, tu peux faire ma chambre, et puisque tu fais ma chambre fais aussi mon appartement. » C’était formidable ! Je passais plus de temps à faire leur appartement qu’à faire les meubles. Je me suis dit que j’allais finir décorateur et ce n’était pas ce que je voulais faire. La scénographie est arrivée quand j’avais besoin de faire des choses en parallèle de mon métier de créateur afin de gagner de l’argent et c’était une bonne façon de le faire. Cela me permettait aussi de palier à un manque de culture générale, importante dans un métier comme le mien. Je devais apprendre beaucoup de choses. Réaliser ces scénographies m’a permis de découvrir des artistes, rencontrer des gens passionnants, des conservateurs de musées qui allaient me faire découvrir l’art, des journalistes. J’avais compris que dans mon métier il fallait beaucoup travailler, se cultiver, avoir de la chance et savoir la créer. La scénographie c’est un domaine où je n’avais pas d’ambition particulière mais mon parcours a été semé de belles rencontres. J’ai fait quelques expositions qui ont eu beaucoup de succès, dont j’ai beaucoup appris. C’était une période où le métier de scénographe n’existait pas, il s’est inventé au fur et à mesure par des gens comme moi, je n’étais pas le seul mais en même temps je pense que j’ai beaucoup apporté de couleurs dans les expositions. Grâce à celles-ci, les gens me disent qu’ils reconnaissent ma touche avant de savoir que c’est moi qui ait fait telle ou telle exposition. On m’a souvent « piqué mes couleurs » parce les gens on appris l’importance qu’elles peuvent dégager. Je pense que j’ai vraiment, et je le dis modestement, le sens des couleurs et de ce qu’elles disent. Une couleur, cela peut évoquer pleins de choses, cela a plus ou moins d’énergie. À une nuance près, une couleur n’a rien à voir avec une autre. Une exposition ne va pas sans scénographe car c’est un moment de recherche de plaisir. Un moment où tout doit être fait pour que vous ressentiez le bonheur d’être là. On doit séduire, ne pas être hermétique. C’est une façon de raconter et je pense que c’est ceci qu’on vient aujourd’hui chercher chez moi. Cette façon de raconter une histoire et faire en sorte qu’à travers une atmosphère les gens s’ouvrent par rapport à ce qu’on leur montre.

Pourquoi avoir accepté de travailler avec Ruinart et d’écrire l’histoire de leur champagne à travers une œuvre ? Qu’est-ce qui vous a parlé dans ce projet ?

Quand une marque comme Ruinart fait appel à vous, vous êtes déjà assez flatté. C’était une occasion pour moi de faire un vrai projet, entre autres en verre, matériau que je n’avais travaillé qu’occasionnellement. Le champagne en question est un vrai savoir-faire ancestral, une qualité de raffinement. Ce n’est pas du vent, de la mode, du fugitif. On est dans une sorte d’art de vivre. C’est quelque chose de plus immatériel mais de tout aussi réel. J’étais tout à fait en accord avec cette marque. Ils m’ont également dit les moyens qu’ils pouvaient mettre dans ce projet et m’ont laissé beaucoup de liberté en me donnant simplement le thème du vignoble. J’ai pu choisir le matériau. Je leur ai expliqué que je voulais finalement faire douze pièces et non pas une. Ils m’ont répondu « Ah bon? » et je leur ai expliqué le concept des douze oeuvres qui constituent chacune une saison, qu’il fallait regarder ça dans sa globalité. Ils ont été séduits. Ils m’ont fait confiance. Il y a eu beaucoup de dialogue, j’ai pu leur faire part de mes doutes et cela s’est passé merveilleusement bien.

Comment vous est venue l’idée de l’étui ? Qu’avez-vous voulu représenter ?

Le concept de la boîte était imposé mais ce que j’ai voulu évoquer dessus, c’est cette sorte de vague qui est comme une partition. On était dans cet état d’esprit de partition de musique, de cet instant léger, festif et en mouvement.

Qu’est-ce qui vous a plu dans ce chardonnay, qui est un des cépages iconiques de la Maison Ruinart ?

Je ne bois pas beaucoup en quantité, mais quand je le fais, j’aime boire du bon champagne. Ce que j’aime dans celui ci est qu’il ne m’agresse pas, il est très doux. Il est lumineux, fluide, fin et parfumé. J’aime la transparence et l’élégance de la bouteille. Tout est là pour que je sois séduit. Cela a créé une sacrée pression chez moi.

Pouvez-vous expliquer l’histoire de votre œuvre «Le calendrier du temps» qui se compose de 12 œuvres design en verre? En quoi rendez-vous hommage au temps?

J’ai séparé les douze œuvres en quatre partie composées de trois œuvres chacune. Elles représentent les mois, de janvier à décembre. L’idée est que j’évoque à la fois le travail de l’homme qui contrôle la nature mais aussi cette notion du temps, du temps qui passe et du temps qu’il fait, qui jouent les deux un rôle dans la fabrication du champagne. Il en découle une harmonie qui fait que ces objets nous racontent une histoire. Je ne voulais pas être figuratif. Je voulais qu’il y ait une évidence dans les œuvres. Chacun peut avoir son interprétation. La forme plastique de l’objet parle, elle suggère. Je ne fais pas partie de ces artistes qui pensent qu’il faut accompagner une œuvre d’art d’un dictionnaire d’explications. Une œuvre, peu importe ce qu’elle est, se doit d’être autonome. J’aime les choses à double sens, qui se révèlent. Peut être que quelqu’un va voir quelque chose que l’autre n’aura pas vu. Ce qui est important c’est que l’on ressente une émotion, un plaisir, tout simplement.

Pour créer vos œuvre en verre soufflé, vous vous avez approché le studio Berengo, à Murano. Pourquoi avoir choisi cet endroit ?

Ils ont tout de suite compris que pour eux c’était une façon d’être visible sur les foires et d’être associé à Ruinart et à moi était une marque de considération de leur savoir faire. Ils m’ont dit de ne pas regarder le budget, de faire ce que je voulais. Je me suis dirigé vers Murano car j’avais deux ans auparavant mis en scène une exposition sur le verre de Murano justement, au musée Maillol, et j’avais été en contact avec l’artisan Adriano Berengo. Il travaille avec beaucoup d’artistes internationaux. Je savais qu’il avait cette facilité de s’adapter à un projet d’artiste et que ce n’était pas de la grosse production. Je savais aussi que le verre de Murano était le bon matériau. L’idée était d’évoquer la nature avec tout ce qu’elle a d’hasardeux dans l’évolution de ses formes. La recherche de quelque chose de plus sensible que j’ai trouvé dans le verre soufflé de Murano. Ce qui m’a également porté est le fait de m’immerger, d’aller sur place. J’avais finalement peu de temps, en tout neuf mois, mais en réalité il m’en a fallu trois pour produire les pièces et six pour mettre au point mes idées. Il n’y avait pas de temps à perdre.

Ces œuvres sont-elles à vendre ?

Rien n’est à vendre. Toutes les pièces vont aller ensuite dans le musée de Ruinart. Pour moi cela va être l’occasion de faire d’autres pièces. Je vais créer de nouveaux objets en verre. J’ai déjà des idées de lampes en tête. Je crois même qu’il va y avoir un renouveau dans les choses que je vais faire car c’est un matériau que j’ai tellement peu utilisé, j’ai de ce fait de quoi m’inspirer pendant un bon bout de temps.

Sont-elles des pièces uniques , ou allez vous créer une série ?

Non, on a joué l’unicité. Les pièces vont circuler dans les trente foires contemporaines dans lequel Ruinart est partenaire. On en présentera des fois douze ou quatre, en fonction de l’espace disponible. Si on n’en expose que quatre, il va falloir choisir la pièce qui représente le mieux la saison. La plus forte, celle qui mettra les autres en avant.

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Un pertinent questionnaire selon JSBG:

• Quel est votre plus grand vice? Le goût du changement

• Qu’est-ce qui vous fait peur? L’idée d’être entassé dans un espace clos. Je suis agoraphobe

• Vivre au 21ème siècle: plus facile ou plus difficile qu’avant? C’est pareil. Cela a des avantages et des inconvénients

• Vous êtes plutôt Facebook ou Twitter ? Aucun des deux

• Qu’est-ce que vos parents vous ont légué de plus précieux? L’honnêteté

• Quelle serait la bande-son de votre vie? « I Will Survive », de Gloria Gaynor

• Où vous voyez-vous dans 10 ans? Toujours ici. Toujours en chemise bleue. Toujours heureux

Merci beaucoup Hubert Le Gall !

–  Alice Caspary

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Photos: l’atelier d’Hubert le Gall, dans une cour intérieure d’un village d’artistes

Informations pratiques:

L’oeuvre sera exposée dans les foires suivantes :

– 9-10 avril 2015: MIART à Milan
– 20-25 avril 2015: Art Brussels
– 30 avril-1er mai 2015: Gallery Weekend Berlin
– 15-17 juin 2015: Art Basel
– 24 juin 2015: Masterpiece London (TBC)
– 1-5 décembre 2015: ArtBasel Miami Beach

• Informations complémentaires: www.ruinart.com/fr/hubertlegall