La Biennale de Venise fête ses 120 ans et s’offre une édition prometteuse

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Ces jours s’ouvre à Venise la 56e édition de la Biennale d’art contemporain ou l’événement qui dicte le calendrier des manifestations culturelles de la planète art !

Le commissaire de l’édition jubilée 2015 – la Biennale fête ses 120 ans – est l’actuel directeur de la Haus der Kunst à Munich, Okwui Enwezor, un habitué de l’exercice. Sa peut-être plus célèbre expérience est la Documenta 11, Kassel (D), en 2002, et sa plus récente la Triennale d’Art Contemporain de Paris au Palais de Tokyo en 2012. Il a également été directeur artistique de la 2e Biennale de Johannesburg (1998), de la 2e Biennale internationale d’art contemporain de Séville (2005-2007) et de la 7e Biennale de Gwangju en Corée (2008). Un panorama géographique qui en dit long sur sa vision et son approche de l’art : d’origine nigériane, il a travaillé sur l’art africain contemporain et sur la diaspora africaine en particulier, mais également sur les questions de diaspora et de migration en général; sa vision s’étend à cette mixité de géographies culturelles qui s’établit entre les continents et qui dans notre société postcoloniale et postmoderne gagne en complexité et donc en richesse (culturelle donc).

Au centre du projet d’Enwezor pour cette 56e Biennale de Venise, « Le Capital » de Karl Marx, dont les trois tomes seront lus en continu et en temps réel dans le pavillon central des Giardini durant les sept mois que dure la Biennale. L’art n’est pas seulement visuel, il est plus que jamais une expérience sensorielle; ainsi une composante essentielle de son exposition intitulée « All the World’s Futures » est la dimension performative et la voix humaine en particulier : « la voix humaine dans sa capacité d’énonciation, de parole, et sa fonction en tant que vecteur à la fois émotionnel et abstrait d’idéaux et d’idées » (Okwui Enwezor dans une interview avec Massimiliano Gioni, commissaire de la précédente Biennale, publiée dans Artpress 422, mai 2015).

Bon, mais revenons à Marx : parce que l’art contemporain est aux prises avec la réalité de la société dans laquelle il existe et également de par sa propre histoire, la Biennale d’art contemporain de Venise est aussi en prise directe avec les géographies sociopolitiques d’hier et d’aujourd’hui. Dans le chaos mondial, la rencontre autour de ce livre, sa relecture mais dans une dynamique performative et de dialogue et non comme une « leçon » à suivre au pied de la lettre ou un rituel initiatique devient emblématique de ce que l’on pourrait appeler les poétiques géographiques de cette édition, par opposition aux géographies politiques.

Côté chiffres pour les amateurs : 89 pavillons nationaux répartis entre l’Arsenal, les Giardini et dans toute la ville – toujours une incroyable opportunité de découvrir des palais vénitiens généralement fermés au public – et 44 événements collatéraux. Dans l’exposition internationale, 136 artistes – dont 88 exposent à Venise pour la première fois – de 53 pays différents déclinent « All the World’s Futures ».

Après de nombreuses années d’absence, l’Equateur, les Philippines et le Guatemala reviennent à la Biennale, tandis que Grenade, l’île Maurice, la Mongolie, la République du Mozambique et la République des Seychelles participent pour la première fois.

Vous l’aurez compris, c’est du lourd et donc impossible de manquer le rendez-vous vénitien cette année ! Entre deux voyages aux quatre coins de la planète Venise, vous en profiterez pour siroter le fameux Bellini au Harry’s bar –  ça fait partie du décor même si ce n’est vraiment que pour le mythe !  – et puis, pour manger authentiquement vénitien, vous changerez de quartier, direction Cannareggio, au fond de l’impasse Calle del Pistor où vous trouverez la trattoria alla Vedova (réservez pour le dîner, c’est petit est souvent plein du coup, sinon vous êtes bon pour faire le pied de grue jusqu’au bout de la nuit et votre estomac ne vous dira pas merci).

Enfin, dans tout ça, faut que je m’en aille faire mes valises et je vous retrouve bientôt sur JSBG avec un clin d’œil tout patriotique sur la présence helvétique à Venise.

– Carole Haensler Huguet

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Informations pratiques:

All the World’s Futures 

Venise, Giardini – Arsenale

du 9 mai au 22 novembre 2015

Horaires : de 10.00 à 18.00 heures, l’Arsenale jusqu’à 20:00 heures les vendredis et samedis

fermé le lundi, excepté le lundi 11 mai, le 1er juin et le 16 novembre 2015)

Harry’s bar

Calle Vallaresso, 1323
30124 Venezia

Ca’ d’Oro alla Vedova

Calle del Pistor, Cannaregio 3912, 30121 Venise

+39 041 528 5324

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PadiglioneItalia-2015_AVZ9541Padiglione Italia, Arsenale, 2010, photo © Giulio Squillacciotti, Courtesy La Biennale di Venezia

Vincent Meessen (2)Vincent Meessen, One.Two.Three, 2015 (video stills), Three-channel digital video installation (looped), sound ; Six audio speakers, acoustic pannels ; coloured textiles, wooden frames, stools, carpet ; French and Kikongo subtitled in English, Courtesy the artist and Normal, Brussels

Nicolai_Escalier       Olaf Nicolaï, Escalier du Chant (2011-2013), performance sonore, Première, 30.01.2011, Pinakothek der Moderne, Munich, Photo © Haydar Koyupinar, Pinakothek der Moderne

transHumUs, exte¦ürieur deux arbresCéleste Boursier-Mougenot, document préparatoire pour l’oeuvre transHumUs / projet rêvolutions pour le pavillon Francia à la 56ème Biennale de Venise 2015. Dessin © Pauline Phelouzat 2015, Courtesy: Céleste Boursier-Mougenot et Galerie Xippas, Paris ; Paula Cooper Gallery, New York ; Galerie Mario Mazzoli, Berlin.

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Photo en titre en haut de page:

Padiglione Centrale, Giardini della Biennale, 2010, Photo © Giulio Squillacciotti, Courtesy: la Biennale di Venezia