Interview: Ariane Ferrier, le “Fragile” jeu du je

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Je… Je sais. Commencer ce texte par un très présomptueux je, ça ne se fait pas. À plus forte raison lorsqu’il s’agit de donner la parole à autrui. Si je me permets aujourd’hui pareille grossièreté, c’est qu’il m’est impossible de ne pas évoquer ici mes propres souvenirs. Voilà: j’étais jeune étudiant lorsque je découvris les chroniques d’Ariane Ferrier, alors publiées dans un supplément de feu le journal La Suisse. Un langage direct, sans fioritures, des interjections au lecteur, de l’humour, plein d’humour, et surtout beaucoup d’elle-même. Ariane était juste là, derrière cette mince feuille de papier qui nous séparait. Elle s’exposait dans toute sa fragilité déjà, sans peur visible, trempant sans trembler sa plume dans l’encre de ses sensations et sentiments. Dès lors, il me fallut chaque semaine ma dose d’Ariane. J’eus par la suite l’occasion de la voir et de l’entendre derrière mon écran de télévision lorsqu’elle se mit à présenter l’émission « Box Office » à la Télévision Suisse Romande. Imaginez donc quel est mon plaisir d’enfin la rencontrer, en chair et en os, sans filtre de verre ou de papier. Vous comprendrez que cette chance inespérée m’ait poussé à l’outrecuidance de débuter ce texte à la première personne.

L’actualité d’Ariane Ferrier est double. D’une part, elle publie aux éditions BSN Press “Fragile”, un recueil de ses chroniques parues dans le journal fribourgeois La Liberté depuis 2005. Elle nous y parle de son quotidien, de ses joies, de ses tracas, de ses hommes, de ses chats et de ses filles, dont elle dit que “ses bras sont leur pays d’origine.” Un recul sur soi empreint de sincérité et de rires.

Ensuite, Ariane est de retour sur le petit écran. Pour la chaîne BeCurious TV, elle présente en compagnie d’Alain Gagliardi l’émission “La vie, la mort, la coiffure”. Un titre cocasse pour ce très joyeux bavardage qu’elle tient… dans un lit, sous les draps.

Dans la préface de son livre, Alexandre Jardin dit d’elle “qu’elle a l’intelligence d’être fragile”. Une drôle de force qui transparait dans l’entretien qu’elle a bien voulu nous accorder. Le voici.

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JSBG – Qu’est-ce qui vous inspire? Ariane Ferrier – Tout, mais surtout la vie de tous les jours, le quotidien, c’est-à-dire tout, rien, les détails. Je suis très observatrice, j’adore regarder les gens, essayer d’imaginer ce qu’ils pensent,… voilà: tout.

C’est un état permanent? Oui.

Et puis certaines de ces choses déclenchent l’acte d’écriture? Oui. Je suis curieuse mais un peu sauvage et solitaire. Ça m’arrange d’être un tout petit peu en retrait et puis d’observer les gens, tout mais surtout le quotidien. Parce que c’est là que l’on habite: dans le quotidien…

Pourquoi avoir décidé de faire “Fragile”, cette compilation de vos chroniques? C’est la troisième compilation que je fais, c’était un peu pour solde-de-tout-compte. Je savais que j’avais un projet à la télévision et comme que je deviens totalement incapable de faire deux et encore moins trois choses à la fois – je crois que je suis en train de me réincarner de mon vivant en petit mec – je me suis dit que voilà, 10 ans, c’était un chiffre rond, c’était le bon moment. Ça me semblait bien et juste.

Pourquoi ce titre “Fragile”? Parce que je le suis, profondément. Au lieu de fragile on aurait pu mettre poreuse, mais ce n’est pas un joli mot. Je me sens absolument et totalement poreuse, à l’extrême. Je souffre d’hyper sensibilité. Il en résulte des éclats de rire et des moments de bonheur incroyables, mais ça donne aussi ce que tous les hypersensibles vivent. C’est-à-dire que je fonds en larmes devant des pubs, devant les enfoirés, aux Césars, aux Oscars…

Et elles ont l’air de quoi les colères? Elles sont très rares, mais il ne vaut mieux pas traîner dans le coin. Ce sont des colères glaciales, froides, ça peut être une fois tous les deux ans mais ça peut me donner la grippe. Je fais des grippes d’émotions. Je ne crie jamais, j’ai crié à l’adolescence. Donc je fais des grippes qui m’alitent pendant 10 jours. La dernière colère que j’ai eu c’était en janvier 2014. Lorsqu’elle était adolescente, je me souviens d’avoir vociféré contre ma fille aînée en disant des choses définitives sur le respect alors qu’elle était derrière moi en train de se dire “oups, elle n’a pas l’air d’avoir de l’humour là,” et puis je suis tombée malade. C’est rarissime, je ne supporte pas d’élever la voix. 

Qu’est ce qui peut déclencher cela? L’injustice. Je suis une vraie sagittaire. Je ne supporte pas que l’on maltraite des plus petits que soi, des personnes âgées, des enfants, des chiens. Je me souviens d’avoir planqué mes enfants dans un magasin pour traverser la rue et aller voir un type qui hurlait sur son bébé pour lui dire «est ce que je peux vous aider”? Je restais maîtresse de moi-même en disant “là, monsieur, vous êtes en train de hurler, vous lui faites peur…” J’ai aussi bien j’ai failli me faire tuer par des punks à chiens parce que je voulais leur enlever un chiot qu’ils secouaient. Je peux faire des choses dangereuses.

Ça vous enlève la peur physique? Complètement.

On ne peut pas ne pas s’attacher à vous en vous lisant car vous vous cachez très mal derrière vos mots. Quel rapport essayez-vous de lier avec vos lecteurs? Il est clair que c’est une relation d’intimité. Je vais vous raconter quelque chose qui m’est arrivé à l’époque où j’écrivais chaque jour dans la Tribune de Genève une tribune intitulée “Vous prendrez bien un peu de recul?”.  Comme je procrastine tout le temps, je n’en avais jamais trois d’avance. Un jour j’ai reçu une lettre qui m’a fracassée pour le restant de mes jours. Une dame m’écrivait: “voilà, nous sommes tous réunis dans notre salon, dans le canton de Vaud. Nous avons perdu un père, frère, ami très cher, nous sommes tous très attristés. J’ai décidé de lire à haute-vois votre chronique du jour et nous avons tous éclaté de rire.” Elle voulait m’en remercier. Je me suis dit “je ne te connais pas mais je t’aime”. Si elle me lit, qu’elle le sache. Par la suite, même malade, je me suis toujours forcée à écrire, parce qu’on ne sait jamais où partent nos mots. Un éclat de rire dans la détresse, c’est un cadeau. J’écris surtout pour les femmes.

Pourquoi surtout pour les femmes? Je les aime. Je dis toujours que j’ai raté ma carrière de lesbienne, parce que j’aurais adoré, vraiment! Mais voilà, je suis banalement hétéro. J’aime leur compagnie, j’ai besoin d’elles. Si je devais vivre dans un monde d’hommes je ne sais pas comment je ferais. 

C’est une réaction par la positive dans le sens où vous aimez vraiment les femmes ? Où est-ce que les traits caractéristiques des hommes vous déplaisent à ce point? Non pas du tout, je les adore. Mais je les aime comme un éthnologue, c’est-à-dire que ce ne sont pas des gens comme nous. Je les admire, ils me font un peu peur. Je me sens si féminine – et cela inclut la maternité bien-sûr – que je dis toujours que je me vante de pouvoir voir dans chaque homme que je rencontre le petit garçon de 8 ans qu’il étai. Je comprends si bien les femmes que j’aurai toujours un point commun avec n’importe laquelle d’entre elles, même la plus sotte. J’arriverais à discuter de mode, du rouge de cet hiver, de son enfant… Alors qu’un mec, un con, un crétin, un crétin homophobe, raciste, ou antisémite, non je n’y arriverais pas.

Vous avez une indulgence pour les connes que vous n’avez pas pour les cons? Oui. C’est rude.

C’est assez paradoxal parce que vous êtes très à cheval sur la justice et l’égalité pour tous quelque soit leur classe sociale, leur âge ou leur couleur de peau. Mais pas leur genre. Si, j’ai plein de copains, de potes… Mais pour être mon ami, c’est déjà plus difficile. Surtout,  je ne comprends pas tout. Il y a quelque chose de magique, c’est mystérieux. C’est une autre espèce animale pour moi, clairement, alors qu’avec les femmes je me dis que nous avons tellement de choses en commun. Il faut dire aussi que j’ai eu 20 ans dans un monde extrêmement misogyne. J’ai eu une attitude très bagarreuse par rapport à cela, celle de m’imposer, ce qui est contre ma nature. Quand j’ai pu faire différemment, partout où je suis passée dans les grandes rédactions c’est par les femmes que ça a été plus simple. Parce que je refuse cette idée qu’on se tape dessus, on ne travaille pas comme les hommes. 

Vous êtes passé par La Suisse, 24Heures, Le Matin, la TSR, La Liberté…. Quelle est votre vision des médias, de la presse d’aujourd’hui, de son évolution? Je plains les jeunes journalistes car quand je leur raconte mes souvenirs ils me regardent avec de grands yeux ronds. Quand je leur dis que Desproges non seulement je l’ai interviewé mais je l’ai ensuite revu parce qu’il avait bien aimé notre entretien ; que j’ai fait une balade de 4 heures avec Cavanna dans Paris… On avait ces moyens-là, ce temps là. Maintenant, je continue à dire que c’est le plus beau métier du monde pratiqué, mais pas forcément pratiqué par les plus belles personnes du monde. Je serais extrêmement fière si l’une ou l’autre de mes filles devenait journaliste. J’éviterais de raconter des trucs de vieux guerriers parce que c’est chiant, mon herbe n’est pas plus verte que la leur, même si je pense que c’est très violent ce qu’il se passe aujourd’hui.

Comment passe-t-on comme vous de cancre qui se fait virer de tous les pensionnats à journaliste? C’est évident, c’est un métier de foutraque, c’est un métier de gens improbables. Il y a une cohérence avec le fait que je sois passée par le Club Med où j’ai été GO et le métier de journaliste. Je veux dire il y a des tas de gens bourrés de talent qui ont étés GO et qui ont fait leur preuve par la suite sur toutes les scènes du monde. J’ai rencontré la même chose chez les journalistes. Un côté “hyper démerde”, travaillant sous adrénaline, sous les coups de cœur, sur l’esprit d’équipe. Quelque chose que j’ai adoré faire. Je me réjouis de retrouver ça dans BeCurious TV, de travailler avec l’équipe de cette nouvelle chaîne.

Vous avez évoqué un mot qui est très à la mode, la procrastination? C’était une souffrance au départ, jusqu’à ce que je comprenne que j’iamais ça, que je me shootais à l’adrénaline, tous les jours. 

Est-ce qu’aujourd’hui vous vous dites parfois « j’aurais dû être plus assidue, écrire plus »? Jamais. Parce qu’il y a quelques temps de ça, une quinzaine d’années, je me suis jurée de ne plus jamais rien regretter. Il m’est de toute façon impossible d’effacer ce qui a été fait ou de faire ce qui n’a pas été fait. Les seules choses que je regrette c’est d’avoir pu peiner des gens que j’ai aimé, mais des choses pas faites non, c’est anecdotique.

Est-ce que vous êtes contente de votre travail? J’ai le sentiment que j’ai toujours tout fait très vite, en bâclant, l’air de rien. Donc je suis déjà épatée que quatre bouquins portent mon nom, et même cinq si on compte un travail collectif. Je suis surprise que l’on me prenne assez au sérieux pour acheter mon bouquin alors que dans ma tête j’ai l’impression d’être un cancre de 15 ans qui rend sa dissertation avec des fautes d’orthographe et puis qui se ramasse un 16 sur 20… J’aime bien la désinvolture en fait. J’aime être désinvolte dans la vie, ça me va.

Il y a un côté morgue dans la désinvolture… Non, il y a une morgue dans l’arrogance. La désinvolture c’est peut-être parce que j’ai trop lu ou trop entendu Jacques Dutronc et d’autres personnes qui sont des gens des grands angoissés. Je m’identifie à eux lorsqu’ils font des petites choses amusantes et gracieuses. Vraiment, je n’aspire à rien d’autre. Si vous relisez ce que j’ai mis en exergue de mon livre, ce que Zelda Fitzgerald écrit dans une lettre à son mari, « je n’aspire à rien d’autre que d’amuser les gens ». La désinvolture est plutôt une manière élégante de dire “bof, même pas mal, c’était facile, c’était simple”.

Ça présuppose la conscience d’un certain talent, la facilité… Non. Si vous me donnez n’importe quel sujet je vous écris quatre pages là, comme ça. La facilité oui, quant au talent… Je le sais depuis que j’ai 8 ans même que j’écris facilement. Je me ramassais des bonnes notes. Ce que je ramasse encore aujourd’hui, parce que je reçois des lettres charmantes. 

Quand vous écrivez des chroniques suposément amusantes, les gens soit ils n’aiment pas ce que vous faites et ils ne vous lisent pas, soit ils viennent vers vous avec un apriori adorable. Tout cela était inconscient quand j’ai commencée il y a trente ans mais je pense que c’est exactement ça que je voulais provoquer, genre “je ne vous dérange pas je fais une petite pirouette en passant, ça vous a plu ?… j’en refais une demain! si vous aimez pas c’est pas grave vous allez en page 3 du journal y a un truc sur la péréquation financière”. Si les gens vous aiment ils viennent vers vous avec un grand sourire. Je le vois dans les séances de dédicaces, ils ont un sourire jusqu’au oreilles. Par contre, c’est sûr qu’il ne faut pas compter sur moi sur la péréquation financière. On a tous un boulot sur terre et le mien n’est clairement pas la péréquation financière. Voilà.

Est-ce que cet état d’esprit vous a joué des tours? Avez-vous dépassé le panneau trop tard parfois? Oui. J’ai écrit des chroniques avec C° 39 de fièvre, le cœur brisé, un enfant malade ou les trois en même temps, c’est clair, mais dès que j’ai compris que j’aimais ça, que c’était ma drogue légale, je me suis dit que c’était moi-même qui l’avais accepté.

Comment jugez-vous aujourd’hui la place de la femme dans la société? Aujourd’hui il faut savoir que je fais partie de la Marche des Salopes (Slutwalk) et que je le revendique haut et fort. J’adore les féministes de 30 ans parce qu’elles ont un humour que l’on avait absolument pas. Je revendique l’altérité, j’ai élevé mes enfants et je me suis élevée moi-même dans l’idée que si on aime l’autre il faut honorer ce qu’il y a de différent chez lui. Comme je l’ai déjà dit j’ai raté ma carrière de lesbienne, mais j’honore chez mes hommes, en l’occurrence mon homme maintenant, leur différence, leur masculinité. 

J’ai appris à mes enfants, honore ça chez lui, aime ça aussi, même si tu ne comprends pas. Je ne souhaite pas que l’on soit identiques, je souhaite que l’on soit égaux en droits, je souhaite qu’on ne mutile plus des petites filles. Si on est humaniste, on est féministe. Point barre.

Et quand les gens me disent que c’est un combat d’arrière-garde je leur dis va voir les maisons de femmes battues… A Genève ce n’est que depuis tout récemment que c’est aux maris violents de s’éloigne, alors que c’était les femmes qui partaient avec leur deux gosses à trois heures du matin pour aller se mettre à l’abri. Cette loi ne date d’il y a que 6 mois et l’on est en 2015. C’est quoi ce bordel? Alors quand les gens me disent que c’est un combat d’arrière garde…

Et il y a une autre chose qui me fâche beaucoup, c’est une raison pour laquelle je fais partie intégrante de la Marche des Salopes, c’est que le territoire urbain est quadrillé et interdit aux femmes, non pas à Kaboul, ça on le sait, mais à Genève. Moi je suis à la limite entre la jolie femme et la dadame à sac-à-main mais nous sommes toujours des victimes potentielles : petites filles, adolescentes, jeunes filles, jeunes femmes, et vieilles dames, nous sommes des victimes désignées et ça ça me rend dingue. Lorsque je vivais à Paris, je me vantais auprès de mes amis de pouvoir aller dans n’importe quel bar à deux heures du matin m’acheter des clopes et que je m’exposais juste à des gros lourds. Et bien cela n’est plus le cas. Il y a des endroits où je n’ai plus le droit d’aller. Il n’y a pourtant aucune interdiction marquée “interdit aux femmes”, mais c’est pourtant la réalité.

Vous Jorge si vous décidez d’aller boire une bière aux Pâquis, la zone malfamée de Genève, au pire vous allez vous faire piquer votre porte monnaie. Moi, au pire, je risque de me faire tabasser ou violer. C’est une chose que je ne peux pas accepter…

Comment peut on ne pas être féministe ? Quand les gens me disent comment est-ce que l’on peut être féministe en 2015 je suis effarée! Je leur réponds qu’il y a des mutilations génétiques qui se passent tous les jours en Suisse! Vous n’avez pas besoin d’aller à Kaboul ou en Irak, c’est chez nous, et vous me dites que c’est des combats d’arrière-garde. Non!

Il y a un mélange de sentiments dans ces chroniques, il y a beaucoup de fierté, on sent votre immense joie d’être mère et puis il y a une tristesse par rapport à ce rôle qui change… C’est une condition absurde. Littéralement, c’est un amour qui ne peut pas être décrit. Il est incroyablement banal et pourtant il n’y a pas de mots pour en décrire l’intensité. Votre absurde boulot de parent est de faire en sorte que l’objet de cet amour finisse par vous quitter. C’est comme si je vous disais que je viens de tomber amoureuse folle, que c’est le grand amour, mais que mon travail est de pousser cet homme à me quitter. C’est aussi absurde que ça. Ceci a été clair dans ma tête quasiment à la seconde où on m’a posé ma première fille sur le ventre, comme ça à été clair que je prenais perpét’.. que ça ne s’arrêterait jamais. C’est toujours à mon bébé à qui l’on fait du mal si elle a mal. Mes filles se moquent de moi mais j’ai beau venir d’une vraie famille protestante je suis un croisement de mère juive et de mama italienne… en pire.

Et puis combien de fois j’ai entendu “ne t’inquiètes pas maman”. Alors je me dis que c’est mon boulot à moi de m’inquiéter . Je lui dis va danser, va au Caire ou va faire je ne sais pas quoi et moi je m’inquiète. C’est mon travail et puis toi ton travail c’est d’avoir 22 ans et d’être insouciante

Il y a peu de choses qui m’ont donné autant de joie que la maternité, c’est de l’ordre du mystique, du cosmique, de l’expérience au LSD. J’ai eu 18 heures pour metre au monde l’aînée, 15 heures pour la seconde. Vous avez le temps d’avoir soif, faim, et je me disais je mets au monde une petite fille qui elle-même mettra au monde une petite fille… j’avais ce sentiment absurde de toute puissance aussi qui est: “je suis en train de mettre au monde des siècles qui viennent.” Cela m’a jamais quitté en fait, sauf que là je ne peux plus le dire parce qu’on va m’interner. Mais j’ai vraiment ressenti ça à la naissance de mes deux enfants. Et puis avant mes enfants, j’avais beaucoup trop de branches!  Elles m’ont donné des racines….

Quelle est votre rapport au monde du digital? Je vais devoir me mettre à la liseuse parce qu’autrement il faudra que je change de maison tant j’ai de livres à ranger. Mais je reste quelqu’un du 20ème siècle, j’aime l’écrit, le papier. J’ai aussi cette conscience que pour devenir un vieux con, ça prend du temps. Donc si je m’intéresse à ce que font les gens autour de moi, c’est-a-dire mes neveux et nièces, mes enfants et les gens avec qui je bosse, ça retardera le où je deviendrai un vieux con moi-même, une vieille dame idiote quoi. J’ambitionne de devenir une vieille dame  ndigne, vraiment, de boire du schnaps à la bouteille et de pinçer le cul des infirmières. C’est mon ambition majeure.

Donc votre présence sur le digital… Donc en tant que grande paresseuse je vais un post sur Facebook par jour, et ça me suffit. Mais je ris aux éclats devant mon ordinateur. J’y ai rencontré des personnes magnifiques, notamment un curé qui a un blog de cinéma. Et puis ça ça à soigné mon énorme timidité et puis mon extrême sauvagerie. En donnant l’illusion d’une vie sociale j’ai fini par en avoir une, de gré ou de force. Je suis allée à la rencontre de gens dans un espèce de cyber-monde. Ça a été source de grande joie, de grandes rigolades, de grandes engueulades.

Parlez-nous de votre émission actuelle à la télévision? Alors je fais partie de la tribu des fous furieux de BeCurious TV. Je fais une émission qui s’appelle “La vie, la mort, la coiffure” avec un très bon pote à moi, Alain Gagliardi… On y présente les séries qu’on aime, les livres qu’on aime, les produits de beauté qu’on aime, les potins qu’on aime, en rigolant comme des bossus. C’est totalement différent de ce que j’ai pu faire à la télé de par le passé. J’ai toujours dit que je n’en referais jamais. Mais d’abord il est impossible de résister à Leila Delarive (fondatrice et CEO de la chaîne, ndlr) et puis deuxièmement j’ai compris que c’était une occasion de plus de me marrer, comme Alexandre Jardin me l’a si gentiment suggéré. J’ai déjà tellement ri avec Alain en allant en voiture jusqu’aux studios qu’on a du s’arrêter sur le bas côté de l’autoroute tant Alain, qui est encore pire conducteur que moi, riait aux larmes. Je peux pas résister à la tentation de faire partie d’un truc comme ce projet de fou, avec des fous, et en rigolant comme une folle. C’est pas possible.

UN PERTINENT QUESTIONNAIRE SELON JSBG

Quel est ton plus grand vice? Ecouter des chansons ringardes à fond la caisse dans mon salon. « Et tu danses avec lui« , de C. Jérôme par exemple

Qu’est ce qui te fait peur? Beaucoup de choses, mais le plus souvent je pleure de rire

Plutôt Facebook ou Twitter? Facebook

Qu’est ce que tes parents t’ont légué de plus précieux? La vie

Qu’elle serait la bande son de ta vie? De la variétoche

Où te vois-tu dans 10 ans? Je me vois grand-mère joyeuse

Merci Ariane.

– Jorge S. B. Guerreiro

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Livre: “Fragile”, d’Ariane Ferrier, éditions BSN (à commander ici)

Emission: “La vie, la mort, la coiffure”, sur BeCurious TV (à visionner ici)

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© photo Anne Bichsel

 

1 Comment

  1. […] Vie, la Mort, la Coiffure, le tandem de choc Alain Gagliardi et Ariane Ferrier (son interview à relire ici), qui devisent ici ou là (et souvent dans un lit) sur leurs dernières […]

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