Le livre: « Dix minutes par jour », de Chiara Gamberale

igd_622e950663cd25eda2b2b3a527048db4

En commençant ce roman, je ne pensais pas en faire une chronique. Je l’ai lu sans l’annoter, sans arrière-pensées, me laissant bercer par la douce langueur qui émanait de l’histoire. En concluant ce moment touchant, à la fois simple et mélancolique, je me suis dit qu’il méritait d’être partagé.

Chiara est en rupture : son mari l’a quittée et au même moment, le journal pour lequel elle travaillait a décidé de mettre un terme à sa chronique hebdomadaire. Dans ces conditions, survivre devient une tâche complexe pour Chiara, qui a le sentiment d’avoir tout perdu, y compris sa flamme vitale. Un jour de décembre, sa psychologue lui propose un « jeu » : pendant un mois, elle devra passer dix minutes par jour à faire quelque chose de nouveau. N’importe quoi qu’elle n’ait pas encore expérimenté les trente-cinq dernières années. Quoique dubitative, Chiara se plie à cet exercice et relate les événements qui en découlent dans son journal.

Son défi quotidien revêt toutes sortes de formes, des plus ordinaires aux plus farfelues. Tour à tour, elle se lance dans la confection de pancakes (elle qui ne sait même pas faire bouillir de l’eau pour les pâtes !), s’immisce à la soutenance de thèse d’une inconnue, s’embarque pour une virée chez Ikea (non, elle n’y avait jamais mis les pieds), ou se retrouve à déambuler avec deux amis dans les rues de Rome affublée d’un costume de Père Noël acheté chez le Chinois du coin. Car le monde de Chiara est ainsi fait que certaines choses banales lui sont extraordinaires et que l’audace se transforme en petit miracle. Lors de ses dix minutes journalières, elle rencontre des gens dont les parcours entrent en résonnance avec le sien ; parfois, c’est en plongeant en elle-même qu’elle se rend compte que son vécu commence à faire sens. Ce défi la force, l’âme chavirée et percluse d’angoisses, à sortir de son cocon de détresse. C’est alors qu’elle ouvre la porte à des expériences authentiques, fondamentales, qui semblent surgir comme par magie de situations anodines et former petit à petit un nouveau tableau. Bref, l’exercice des dix minutes lui permet de renouer avec la vie.

Il n’y a pas besoin d’en dire plus ! Toute la poésie de Dix minutes par jour réside dans le cheminement de Chiara, dans sa pensée délicate et désarmante, dans sa fragilité. Un livre à lire comme on aborde l’automne : enroulé dans une couverture, une tasse de thé fumant à portée de main, en étant assuré que même si l’été flétrit et l’hiver s’allonge, les beaux jours reviendront.

– Olivia Huguenin

Chiara Gamberale, Dix minutes par jour (éditions Michel Lafon, 2015)

dix-minutes-par-jour