L’interview: Valérie Messika, la joaillère aux multiples facettes

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Qu’ont en commun Beyoncé, Rihanna ou Eva Longoria, si ce n’est leur omniprésence dans les médias people? Leur goût prononcé pour les bijoux Messika.

Flash back: depuis 1972, André Messika s’est imposé comme étant l’un acteurs en vue du négoce du diamant. Infatigable passionné parcourant la planète à la recherche des plus belles pierres, il a su transmettre cet amour à sa fille Valérie. Un amour qu’elle a choisi de mettre au service de sa créativité en lançant en 2005 la marque Messika.

Evidemment, grandir parmi les diamants est un destin peu commun. À tel point que Valérie, complètement décomplexée par rapport au statut unique réservé à ces précieuses pierres, décide que non, un diamant n’est pas destiné à passer sa vie dans un coffre dans l’attente des jours de fête. Au contraire, pourquoi ne pas le faire scintiller de mille feux au quotidien? Dès lors, Valérie n’aura de cesse de poursuivre cette idée fixe: donner au diamant l’élégante légèreté qu’il mérite.

Une révolution couronnée de succès: Messika se développe dans plus de cinquante pays. Depuis, une division haute-joaillerie est née, lancée lors de l’ouverture de la première boutique Messika, rue Saint-Honoré, à Paris. Une inauguration à laquelle Valérie n’a pas pu se rendre: à l’heure même de couper le ruban, elle accouchait de sa seconde fille Noa. Passion, famille et travail s’entremêlent joyeusement chez les Messika. Au-delà de ses liens évidents avec son père André, Messika reste une véritable entreprise familiale, les plus proches collaborateurs de Valérie sont ses amis et familiers.

Dix ans après la création de Messika, il est temps de faire le point avec sa fondatrice. Rendez-vous est donc pris dans le bel immeuble parisien abritant le siège et les ateliers de la maison. La sécurité, omniprésente, s’oublie facilement tant l’oeil est attiré par une multitude de détails, un objet de décoration ici, une incroyable parure là. Une porte s’ouvre et arrive Valérie, forcément très belle. Le ton est donné: à l’enseigne de ses créations, elle est sublime de simplicité, loin des lourdeurs de la place Vendôme.

Après la visite des ateliers dans lesquels s’affairent des dizaines d’artisans qualifiés, nous pénétrons dans ses bureaux. Assis entre esquisses, photos d’Herb Ritts et joyaux négligemment posés, il est temps d’écouter la belle histoire que Valérie a à nous raconter.

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JSBG – Qu’est-ce qui vous a poussé à quitter vos études de communication pour créer Messika? Valérie Messika – J’étais passionnée par la communication, métier que j’étudiais. Et là, en 2002, mon père a choisi de partir à Tel Aviv, une importante bourse du diamant. J’étais alors la seule parmi ses six enfants en âge de travailler et il m’a demandé de l’épauler dans ses affaires: “laisse-moi six mois pour te convaincre, et ensuite tu feras ce que tu veux.” Nous avons parcouru le monde. L’Inde, l’Afrique… J’ai découvert son univers. Je l’ai trouvé fascinant. À mon retour, j’ai poursuivi un temps mes activités, puis je me suis décidée: je voulais créer ma propre marque de joaillerie en donnant un côté plus rock, plus accessible au diamant. Mon père m’a répondu: “je te suis. Mais à deux conditions: Ne fais que du diamant, parce que c’est ton origine, c’est là qu’est ton expertise. Et ne copie personne! Suis ton propre chemin.” En 2005, je lançais Messika. 

Pourquoi avoir choisi ce positionnement spécifique à Messika, les diamants à porter tous les jours? C’est ce dont j’avais envie pour moi-même. Lorsque j’étais petite, mon père me faisait jouer à reconnaître les différentes pierres. Ensuite il était curieux de savoir lesquelles je préférais et pourquoi. Il y avait là à la fois quelque chose de très ludique et d’émotionnel. Grâce à ces jeux, j’ai désacralisé le diamant dans mon esprit. J’en avais marre d’entendre le slogan “le diamant est éternel”, mes copines dire que pour elles ce ne serait que pour leur bague de fiançailles ou de mariage, ça m’ennuyait. Je m’imaginais pouvoir porter du diamant au quotidien, l’acheter seule, comme un sac ou une paire de chaussures.

Quelle était l’idée derrière la volonté de rendre flexibles vos métaux, votre fameuse méthode skinny? Deux choses: la recherche d’un confort extrême combinant adaptabilité et élasticité. Et aussi l’envie de porter le diamant à fleur de peau. Je trouvais sexy d’imaginer une petite rivière de diamants qui épouse le poignet, qui l’accompagne, qui se contorsionne. Nous avons travaillé l’or jusqu’à réussir à lui donner une sorte de mémoire de manière à ce que l’objet reprenne toujours sa forme initiale. Faire disparaître autant que faire se peut le métal pour ne laisser place qu’à la brillance du diamant.

À quel type de femmes pensez-vous en créant vos bijoux? J’ai été bercée par les grands classiques du cinéma, avec des vedettes telles qu’Audrey Hepburn. Du côté de la mode, j’ai toujours eu un faible pour Kate Moss et les fameuses top-models des années 90. Leur féminité m’a inspiré, tout comme la mode qu’elles portaient. Par exemple pour la collection Silk, qui s’apparente à une étoffe de diamants. Des cols, des manchettes, un peu comme on en ferait en couture, comme découpés au ciseau. Et l’art également. Des artistes tels qu’Alexander Calder, pour la légèreté et la fluidité de ses oeuvres. Au final, toutes les femmes m’inspirent. Ma mère, simplement, ou une femme croisée dans la rue…

Quels sont les développements prévus pour Messika? Notre fil rouge est l’expertise diamantaire. Cela nous donne la crédibilité dans la joaillerie mais aussi dans la haute joaillerie, dans laquelle nous nous sommes lancés il y a deux ans à l’occasion de l’ouverture de notre boutique de la Rue St-Honoré. Pour nos dix ans, nous avons décidé de travailler dix grandes pierres d’exception. Après Paris et Megève et le Kazakhstan, nous allons aussi ouvrir trois nouveaux points de vente en propre en Arabie Saoudite, à Doha et au Koweït. Une chose importante: nous avons beaucoup d’affection pour la Suisse. Pour nous, c’est une référence absolue en termes de gestion du marché, en comparant avec l’horlogerie. Nous avons d’ailleurs la chance d’y être distribués dans des bijouteries multi-marques proposant également des montres. 

Une grande partie de vos proches et de votre famille travaille avec vous. Comment faites-vous pour déconnecter? J’avoue que nous sommes tous passionnés par ce que nous faisons. Nous sommes dans l’excitation, l’émulation, le besoin de réaliser, d’entreprendre. Ramener le business à la maison, ça nous arrive! Maintenant que nous avons des enfants nous sommes un peu obligés de séparer les choses. Mais le cerveau, lui, est toujours en ébullition, en recherche. La création est un peu une gymnastique de l’oeil, tout peut être source d’inspiration. On enregistre des choses, qui se marient à d’autres choses, qui mènent à une troisième. C’est un peu enivrant, ça ne s’arrête jamais…

Félicitations, vous fêtez les dix ans de Messika. Dans dix ans, Messika sera où? Qui sait? Ouvrir des points de vente en propre, déjà, car il s’agit pour nous de la plus belle des vitrines, où le client entre dans l’univers Messika, là où nos vendeuses sont le mieux à même d’expliquer notre savoir-faire de diamantaires. Ce matin encore j’ai reçu des personnes qui ont reçu une formation sur le diamant et qui sont parties des étoiles plein les yeux. Aujourd’hui, le client cherche à vivre des expériences uniques, et ça fait partie des codes du luxe, des moments dont il pourra se souvenir. Comment regarder l’intérieur du diamant, quelles sont les caractéristiques de la pierre, leur provenance, rappeler qu’il s’agit d’un produit qui vient de la terre, un peu magique et très rare, faire visiter les ateliers… notre rêve est de développer ses rapports avec nos clients. Devenir dans leur esprit une référence dans le monde du diamant.

Pour rester sur le thème du diamant, prévoyez-vous de vous lancer dans d’autres domaines d’activité dans lesquels le diamant pourrait être utilisé, tel que les instruments d’écriture ou l’horlogerie? Pourquoi pas dans l’horlogerie, par exemple? Mais nous ne souhaitons pas nous lancer dans trop de choses, parce que comme mon père le dit toujours, “reste dans ce que tu sais faire”. Chez Messika, ce qu’on sait faire est la joaillerie. Mais si je devais vous citer un produit de diversification, alors oui, la montre. Nous pensons également à étoffer notre offre de bijoux masculins.

Un pertinent questionnaire selon JSBG:

  • Quel est votre plus grand vice? De ne pas prendre le temps d’avoir le temps
  • Qu’est-ce qui vous fait peur? La maladie
  • Vous êtes plutôt Facebook ou Twitter? Facebook
  • Qu’est-ce que vos parents vous ont légué de plus précieux? Le respect et l’amour des autres
  • Quelle serait la bande-son de votre vie? La bande originale du film “Les petits mouchoirs”. Sinon du Nina Simone. C’est mon côté mélancolique qui parle
  • Où vous voyez-vous dans 10 ans? Maman de deux grandes filles, j’espère que j’aurai bien réussi leur éducation. C’est mon challenge, ne pas être trop extrême dans ma vie. 

Merci Valérie.

– Jorge S. B. Guerreiro

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Les bijoux Messika sont disponibles chez: 

  • Michaud Bijouterie, Place Pury 1, 2000 Neuchâtel, Suisse, www.michaud.ch
  • Michaud Bijouterie, Rue de Médran 5, 1936 Verbier, Suisse, www.michaud.ch

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Photos © Sven de Almeida, www.svendealmeida.com

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