Interview: Martin Fuchs, espoir de médaille suisse en équitation à Rio

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Aujourd’hui même auront lieu aux Jeux Olympiques de Rio les épreuves de saut en équitation. Parmi les espoirs de médaille de la Suisse figure Martin Fuchs. Ce jeune cavalier de 24 ans est promis à un bel avenir: après avoir été champion olympique par équipes lors des Jeux de la Jeunesse à Singapour en 2010 puis champion Suisse élite en 2014, il se rêve aujourd’hui en successeur de Steve Guerdat. Il faut dire qu’il a de nombreux atouts dans sa manche, puisqu’il est pratiquement né sur un cheval. Sa maman Renata, son papa Thomas et son oncle Markus ont tous été cavaliers professionnels avant lui. Promis à un bel avenir, son talent n’a pas échappé à la marque horlogère Zenith, qui s’est très tôt intéressée à lui. Juste avant qu’il n’embarque pour Rio, nous avons eu le plaisir de le rencontrer, lui et son facétieux cheval Clooney, dans le manège familial de Wilhof, dans le canton de Thurgovie. A quelques minutes de son entrée en piste, c’est le moment de découvrir ses motivations!

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Jorge, Clooney et Martin

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JSBG – Bonjour Martin. Pourrais-tu te décrire toi-même en deux phrases? Martin Fuchs – Je suis une personne ouverte, heureuse, amoureuse de son sport et avec de grands objectifs pour les Jeux de Rio cette année! J’y travaille dur…

Comment est né votre rapport aux chevaux? On peut dire que je suis assis sur une selle depuis que je suis bébé, puisque mes deux parents sont également cavaliers, tout comme l’étaient mes grands-parents. On peut dire que j’ai grandi dans une écurie! Forcément, un lien très fort me lie aux chevaux. J’ai participé à ma première compétition alors que je n’avais que 7 ans, sur un poney. Je n’ai jamais arrêté depuis.

Avec une telle famille de cavaliers, avez-vous ressent à un moment de votre vie, peut-être à l’adolescence, de prendre le contre-pied de ce milieu et d’en sortir? Non. J’ai toujours été heureux d’être sur mon cheval, heureux d’être dans l’écurie. Très tôt, j’ai clairement décidé que je deviendrais un cavalier. Aujourd’hui je fais ce que j’aime.

A quel âge avez-vous pris cette décision, que vous vouliez devenir un sportif professionnel? C’était déjà mon rêve alors que je chevauchais mon poney. A mes 12 ans, j’ai participé pour la première fois sur un cheval à une compétition européenne à Istanbul. Et dès mes 14 ans, j’ai compris que j’étais suffisamment bon cavalier pour poursuivre dans cette voie. 

Si vous n’étiez pas devenu cavalier, quel autre métier auriez-vous pu exercer? Honnêtement, je ne sais pas. En parallèle à ma carrière de cavalier je fais également commerce des chevaux, je les achète et les revends. Il est difficile de ne vivre que des revenus des concours. Ma réponse est donc que j’aurais fait ce que je fais déjà en partie.

Aujourd’hui votre carrière de cavalier professionnel vous coûte-t-elle plus qu’elle ne vous rapporte? Avec un cheval comme Clooney par exemple je gagne de l’argent. Mais j’en perds sur tous les autres chevaux que je dois élever et éduquer avant qu’ils ne puissent concourir. Et ce toujours sans certitudes. Si je ne faisais vraiment que de la compétition, j’aurais beaucoup de peine à équilibrer mes comptes.  

Vous êtes plutôt grand pour un cavalier. Est-ce que votre taille pourrait vous poser problème? Non, ce n’est absolument pas un souci. Il y a beaucoup d’autres cavaliers de grande taille sur le circuit. Il y n’y a pas que des désavantages. L’équilibre est plus difficile à garder pour les grands, mais par contre nous avons plus de longueur de jambe pour contrôler notre cheval. 

Alors selon vous quelles qualités un cavalier doit-il avoir pour gagner? Il doit avant tout savoir s’adapter à différents types de montures. En règle générale, je me déplace toujours sur les concours avec plusieurs chevaux. Les jeux de Rio font exception, puisque je n’y emmène que Clooney, mon meilleur cheval. Il faut également être capable de dresser des poulains pour en faire des chevaux gagnants. 

Combien de temps vous faut-il pour accomplir ce processus, entre le moment où vous faites la connaissance du cheval et celui où vous pouvez concourir avec lui? Difficile de donner une réponse précise, chaque cheval étant très différent. Certains apprennent plus vite que d’autres, certains sont doux et d’autres nerveux… Il est par contre très important de connaître vos montures depuis de longues années, d’être passé par des concours de moindre importance ensemble, avant de s’attaquer aux grandes épreuves. Ceci ne veut pas dire que nous les dressions dès leurs premières années de vie. En règle générale, nous les recevons vers leurs  5 ans d’âge. J’ai eu Clooney alors qu’il avait déjà 7 ans. Il en a aujourd’hui 10. Après ses trois ans passés ensemble, nous nous connaissons désormais très bien l’un l’autre. 

A quel âge un cheval est-il alors au top de ses performances? Entre ses 10 et 13 ans.

Quel entraînement spécifique reçoivent vos chevaux? Ils reçoivent une alimentation spécifique aux chevaux sportifs mais qui n’a rien de très particulier. Nous leur donnons quelques huiles qui leur sont bénéfiques également. J’essaie également de varier leur entraînement le plus possible, en alternant intérieur et extérieur, saut et balades. Je les emmène également dans d’autres manèges, pour qu’ils puissent s’habituer au changement. 

Rio se trouve très loin de la Suisse. Quand partira votre cheval Clooney? Il arrivera à Rio un peu plus d’une semaine avant le début de la compétition, par avion. Comparativement à d’autres chevaux, il est plutôt calme pendant les longs trajets. 

Vous avez très bien réussi vos Jeux Olympiques Junior en 2010. Quel souvenir en gardez-vous? C’était à Singapour, et c’était la première fois que je m’y rendais. Nous y avons passé 17 jours au total. Le village olympique, les autres athlètes, la découverte de sports que je ne connaissais pas… l’expérience olympique est très différente de n’importe quelle autre compétition. Je suis heureux d’avoir déjà cette expérience, elle m’aidera pour Rio. 

Quel est jusqu’à aujourd’hui votre meilleur souvenir de cavalier professionnel? Je dirais ma participation à 3 championnats d’Europe. J’ai obtenu 6 médailles sur les 6 qu’il m’était possible de gagner. Si j’y inclus les championnats de suisse, je compte 9 médailles sur 9 possibles. Ces compétitions m’ont donc beaucoup marqué. J’en suis très fier.

Quels sont vos objectifs pour les Jeux de Rio? Continuer sur ma lancée et obtenir une médaille! Nous avons une très bonne équipe cette année. 

Quelles relations entretenez-vous avez les autres cavaliers suisses? Je me sens très proche de Steve, que j’ai d’ailleurs eu au téléphone ce matin encore. Nous avons partagé notre ressenti sur nos dernières compétitions, en Belgique pour lui et en Italie pour moi. Avec Janika également, nous avons participé à de nombreuses compétitions junior ensemble, je la connais depuis que je suis un enfant. Pius est plus vieux que moi, mais je le connais bien à travers mes parents, qui concouraient contre lui. Romain est un compagnon d’entraînement aussi.

Les considérez vous comme des camarades ou des adversaires? Les deux! Quand nous concourrons par équipe, ce sont mes coéquipiers. Mais ensuite ils sont mes adversaires, au même titre que tous les autres. 

Venons-en aux montres. Avant même votre partenariat avec Zenith, vous vous intéressiez déjà à l’horlogerie. D’où vous vient cette passion? De ma mère certainement. Elle adore les montres! L’un de nos anciens clients était intarissable sur l’horlogerie, j’ai beaucoup appris à ce sujet grâce à lui également. 

Vous décririez-vous en tant que collectionneur? Oui, on peut dire ça.

Quelle est votre relation au temps? Est-il votre ami ou votre ennemi? En compétition, c’est clairement un ennemi, quand je dois courir contre lui. Mais je me sers également du chronomètre pour réfléchir  à tous les gains de temps encore possible, couper un virage ici, augmenter la cadence là. C’est une partie de mon sport que j’aime.

Que représente aujourd’hui Zenith pour vous? Zenith est une marque très spéciale pour moi. Leurs équipes me soutiennent depuis l’époque où je courrais en junior. J’étais très fier quand ils m’ont contacté et demandé d’être leur ambassadeur. Depuis lors, ils ont toujours été à mes côtés. Ce n’est pas si habituel dans notre sport, je suis l’un des seuls à bénéficier d’un partenariat aussi fort. J’en suis très fier et je les en remercie.

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Un pertinent questionnaire selon JSBG:

• Quel est votre plus grand vice? L’impatience

• Qu’est-ce qui vous fait peur? Les araignées

• Vous êtes plutôt Facebook ou Twitter? Facebook

• Qu’est-ce que vos parents vous ont légué de plus précieux? Mon talent (rires)

• Vivre au XXIème siècle, plus facile ou plus difficile qu’avant? Plus facile

• Quelle serait la bande-son de votre vie? “Let me entertain you”

• Où vous voyez-vous dans 10 ans? Avec un peu de chance dans le top 10 mondial, avec une jolie famille et une grande écurie.

Merci Martin, et tous nos voeux de réussite à Rio!

– Jorge S. B. Guerreiro

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Photos © Fabien Nissel