Le Polo, Hublot, Ferrari et moi

Comme aurait pu le dire St John Perse: « rien de tel que se mettre au vert durant l’été pour varier des plaisirs de l’azur ». Aussi, lorsque mon amie Anna me proposa de passer le week-end à Gstaad pour assister à l’annuelle Hublot Polo Gold Cup, moi et mon inénarrable « yes spirit » rompu à toute épreuve lui répondirent par la positive.

Sur deux jours, le tournoi a vu s’affronter des équipes composées de professionnels venant d’Argentine, du Brésil et de Chine, ainsi que d’émérites cavaliers suisses, dont l’héritier de la chaîne de supermarchés Venner, notamment fameux pour leurs vins à 3 francs la bouteille et pour leurs marques de cigarettes jamais vues ailleurs.

La compétition commençait le samedi, par un déjeuner qui aurait pu se tenir sur l’herbe si la météo n’en avait décidé autrement. Mais comme le buffet était concocté par le palace local et le champagne fourni par Perrier-Jouët  – et non les magasins Venner – nous autres VIP firent contre mauvais fortune bombance.

Il y avait là de nombreux invités qui, par distinction, portaient fièrement des vestes d’inspiration chasse à courre. Parmi eux, le tycoon de l’immobilier romand, Tuco Bernard, rehaussé de sa reine de beauté, dont les jambes interminables ne cessèrent de me fasciner. Sur le tarmac de l’aéroport de Gstaad, les matchs avaient commencé sous un ciel imperturbablement maussade. Pour laisser place au show, les jets privés avaient pour un temps cessés leur allées et venues. Seules quelques Ferraris faisaient entendre le vrombissement de leurs puissants chevaux. Alors que, par ressort narratif et pour éviter le débat stérile sur le temps chagrin, je faisais remarquer la nature bien moins indomptable des équidés du tournoi, l’incroyable Lucia me proposa de tester le modèle California T du constructeur italien. A peine le temps de dire « départ » et je me retrouvais au volant d’une merveilleuse cylindrée, tonique et chic comme je les apprécie.

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Oh bien sûr, on ne m’avait pas laissé prendre les commandes seule du bolide: un roadie rôdé à l’exercice de la mise en situation de potentiels clients avait pris place à ma droite. Sur-assuré et par conséquent très détendu à mes côtés, Fred ne se souciait peu des éventuels dommages que je pouvais causer à son outil de travail. Ce qui ne l’empêcha pas, à plusieurs reprises, de me dire tout de même de ne pas coller de trop près le bas côté à droite.

Comme un scénario bien ficelé, il me donnait régulièrement la possibilité de jauger la bête en n’hésitant pas à « attaquer dans les lignes droites ». Je n’hésitais pas. Ces accélérations ressenties dans le bas du dos firent renaître en moi des émotions oubliées. Quelques années auparavant j’avais réalisé un documentaire à Los Angeles sur les cascadeurs. Sur un autre tarmac d’aéroport, par une écrasante journée du mois de juillet, nous n’avions pas hésité non plus à attaquer dans les lignes droites comme dans les courbes.

Retour à Gstaad. Les matchs du jour terminés, rendez-vous était donné le soir pour un dîner de gala, toujours sous tente, pour un repas concocté encore une fois par le palace local. « Same tent, different vibe », commenta un invité chinois en pénétrant les lieux à mes côtés. Il y avait également durant ces deux jours un avocat connu de la place, Maître Durillon, qui semblait kiffer l’événement, passant d’un verre de champagne à un autre, sans jamais donner l’impression de vouloir plus que cela nouer des contacts avec qui que ce soit d’autre que le contenu de son assiette.

Mais revenons à la soirée qui ne faisait que commencer. La Chine étant l’invitée d’honneur de Hublot, la marque avait convié pour lui plaire une artiste antipodiste de Pékin, experte dans l’art de faire tourner toutes sortes de choses sur ses pieds. Un choc culturel. Pour mieux comprendre ce qui se passait sous mes yeux, je faisais honneur à Perrier-Jouët, fournisseur pétillant de la soirée.

Les plats et les coupes s’enchaînaient à un rythme soutenu, tout comme la conversation que j’entretenais en Mandarin avec mon voisin de table. L’alcool a des vertus que la vertu ignore. C’est alors que Diana Ross accompagnée de ses danseuses montèrent sur scène. C’est peu dire qu’elles mirent le feu. L’héritier Venner, dont le style vestimentaire était à la hauteur de son illustre legs patrimonial, était en verve. Il ne manquait pas de se déhancher. Une invitée en particulier ne le lâchait pas du regard. Dos nu plongeant, chignon façon Diane chasseresse, la blonde Corinne Malmodruz s’éclatait loin de sa Genève et de son parti agraire. Au plus grand drame d’ailleurs du photographe de l’Helvetica Illustrierte, qui était sensé immortaliser le légataire du discounter et sa nouvelle compagne, la fille d’un haut dignitaire azéri. Mais les tourtereaux semblaient avoir convenu de ne pas donner au paparazzi ce qu’il était venu chercher, laissant le champ libre à Corinne Malmodruz. Vers 3 heures du matin, tout ce petit monde a pris congé pour aller se coucher: le lendemain, il y avait match de finale. 

Dimanche, retour sur le tarmac de l’aérodrome de Gstaad. La météo était enfin accueillante pour les hôtes de la Hublot Polo Gold Cup, dont faisait bien sûr partie Tuco Bernard et sa reine de beauté. Pour l’occasion, le couple portait tous deux la culotte, la traditionnelle helvétique en cuir à bretelles et décorations edelweiss. Ce qui me rappela les pages de magazines people US intitulées « Who wears it better? ».

Alors que j’en étais encore à ces réflexions métaphysiques, la petite finale débuta. L’action était molle, les joueurs pas vraiment motivés par la troisième place du podium. Pour patienter, je reprenais la route du bar à champagne. Je passais entre une nuée de jeunes blonds qui affichaient tous le même look de fils à papa, à en croire qu’ils avaient tous le même géniteur. « Ce qui se passe à Gstaad, reste à Gstaad », me dis-je, ne trouvant pas de meilleure explication à cette homologie structurale confondante.

La finale allait enfin commencer. Les Ferraris faisaient des tours de piste, les jets profitaient des quelques minutes d’attente avant cette apothéose pour prendre leur envol. Et enfin les équipes se mirent en selle. On retrouvait bien sûr l’héritier Venner, capitaine de l’équipe de la banque Murgé, face au team Hublot, acclamé à son entrée sur le terrain par une horde de Chinois, et moi, et moi, et moi.

A l’issue d’un match haletant, la marque horlogère remporta la finale. Quant à moi, je repartais avec un demi kilo de fromage des Alpes sous le bras, un cadeau idéal pour tenir compagnie à la bouteille de blanc dans mon frigo.

– Catherine Cochard

(photos: Amelie Bes)