ArtGenève 2017 ou quand Carole voit la vie en bleu

evenement-artgeneve_0

ArtGenève, le salon suisse d’art à Genève, affiche brillamment ses 6 ans jusqu’au 29 janvier. Je précise « suisse »‘, car Thomas Hug, directeur de la foire, y tient d’autant plus à l’heure où les galeries suisses peinent à défendre leur place à Art Basel, LA foire internationale d’art moderne et contemporain. Quelques grosses pointures internationales ne manquent pas au rendez-vous comme Gagosian, Lelong ou Marlborough côté galeries ou les Anish Kapoor, Damien Hirst, Mark Dion, Gavin Turk, James Turrell côté artistes (tout choix des noms cités est purement subjectif!). La marque de fabrique de la foire c’est sont aspect convivial − dimensions humaines avec quelque 80 galeries provenant de 16 pays différents − et l’importante présence des institutions (nombre qui ne cesse de croître d’année en année). Le ton curatorial est donc donné et le prix de la manufacture horlogère F.P. Journe attribué au meilleur solo show de la foire est là pour le souligner. Le tout donne à l’événement finalement des airs de promenade muséale.

Il reste tout de même bien plus intéressant de fréquenter les galeries, de voir leurs artistes dans leurs espaces plutôt que de la faire « rapido expo » en foire − mais bon, pour les curieux, les amateurs, pour une mise en bouche et pour donner de nouvelles pistes d’intérêts envers et contre nos agendas de fou, reconnaissons qu’on aime bien ArtGenève.

Comme toute foire qui se respecte, ArtGenève c’est aussi les sculptures dans la ville, c’est un programme de cinéma, un programme de « talks », mais aussi un programme artgeneve/musique, et ça, c’est original. Ainsi, mercredi soir, dans le prolongement du vernissage, les curateurs de ce programme, Catherine Othenin-Girard et Augustin Mars, ont invité Angela Bulloch à présenter une performance live d’une heure. Angela Bulloch est née au Canada, de parents britanniques, et c’est ainsi qu’elle choisira d’étudier l’art au Goldsmiths College à Londres, bassin de ce que l’on nomme les « Young British Artists » − groupe auquel appartiennent également Damien Hirst, Douglas Gordon, Tacita Dean, Sam Taylor-Wood ou Gavin Turk pour n’en citer que quelques uns. Si les oeuvres d’Angela Bulloch peuvent prendre plusieurs formes − photographies, vidéoBulloch_2002s, machine à dessiner, sculptures / installations interactives − elles ont toutes en commun une originale relecture de l’art conceptuel et du minimalisme des années 1960 en explorant la relation entre esthétique et mathématiques. Au coeur du travail de l’artiste, les systèmes, leur manière de conditionner nos vies et notre perception du monde, ainsi ses œuvres peut-être les plus connues restent les Pixel Boxes, qui correspondent justement à la façon dont est codifiée la lumière. Fabriquées à l’origine comme des boîtes en bois de hêtre fermées par un panneau de plastique, elles sont par la suite réalisées en cuivre, aluminium ou en corian, soulignant ainsi plus directement l’héritage minimaliste. Ces boîtes lumineuses, qui peuvent générer jusqu’à 16 millions de couleurs, sont chacune composées de trois modules lumineux : rouge, vert , bleu. Initialement, chaque boîte représente un pixel d’une image que l’artiste extraie du répertoire cinématographique ou de la photographie, mais avec le temps elles deviennent d’authentiques monochromes totalement abstraits. Dans la performance Die blaue Stunde, le bleu est la couleur qui occupe l’espace et c’est non seulement la couleur qui modifie l’environnement dans lequel nous évoluons, mais encore le son. Il s’agit du 4e disque produit par Angela Bulloch sous son label ABCDLP, un label né de l’envie de rendre accessible à un vaste public la musique en relation avec ses oeuvres. D’ailleurs, pour étoffer votre collection incontournable de vinyl, chacun a été tiré à 500 exemplaires et peut être commandé directement sur le site de l’artiste http://www.angelabulloch.com/). Pour ce quatrième opus, un vinyl bleu électrique, Bulloch a travaillé avec Heatsick aka Steven Warwick (un musicien électronique anglais basé come Bulloch à Berlin connu pour créer sur un vieux casio cassé) et un autre producteur et dj basé à Londres, Bass Clef aka Ralph Cumbers.

Après cette expérience extra et hyper sensorielle, nous n’avions jeudi qu’à reprendre le cours de nos pérégrinations parmi les stands d’ArtGenève, dont celui de Rosa Turetsky, Xippas ou MLF │Marie-Laure Fleisch pour mes préférences toute personnelles.

– Carole Haensler Huguet

*********

Informations pratiques:

ArtGenève

Artgeneve.ch

Pour ceux qui auraient manqué l’événement, le partenariat avec la plateforme Artsy vous permettra de vous rattraper: rendez-vous sur Artsy.net/artgeneve-2017

**********

JVoigt_DivineTerritory_2016HauslerContemporaryAngela-Bulloch-Horizontal-Technicolour-2002-2016-865x577ChiharuShiota_BlainSouthern_CaroleHHMcCall_CaroleHH

Légendes images:

 

  • Angela Bulloch, Geometric Audio Merge, 2002. Thyssen-Bornemisza Art Contemporary. Photo: Carsten Eisfeld

  • Jorinde Voigt, WV 2016-156 Divine Territory (4), 2016, Courtesy: MLF │ Marie-Laure Fleisch

  • Häusler Contemporary, Booth C32, Brigitte Kowanz | Jose Dávila| Reto Boller. Photo: G. Mausset
  • Angela Bulloch, Horizontal Technicolour, 2002/2016. Courtesy Esther Schipper, Berlin

  • Au premier plan: Chiharu Shiota, Blain Southern. Photo: Carole Haensler Huguet
  • The Estate Show: Anthony McCall. Photo: Carole Haensler Huguet